Week-end de formation sur les sectes

Jean Claude Chong, membre de l’Association d’étude et d’informations sur les mouvements religieux, conférencier à l’institut biblique de Nogent entre autres, s’est d’abord attaché à donner une définition théologique du terme. Pour lui, une secte est un regroupement de personnes, qui parfois emprunte beaucoup à la religion chrétienne, et s’appuie sur la Bible, mais ajoute à la personne et à l’œuvre de Jésus (un texte, une doctrine, un autre personnage central…), comme si ces derniers n’étaient pas suffisants. La définition que donnent les sociologues du mot secte est intéressante elle aussi, en ce sens qu’elle appuie sur une caractéristique de ces regroupements de personnes qui adhèrent à un même système de pensée, qui est le repli sur soi, et une hostilité farouche au monde.

 

Fin connaisseur du sujet, le pasteur Chong fait part de diverses expériences et rencontres qu’il a eues avec des membres et même certains fondateurs de sectes, et décortique pour l’assemblée les mécanismes qu’elles mettent en œuvre pour attirer des personnes, et les enferrer dans une structure, en les manipulant, selon des techniques bien définies, et en prenant peu à peu le contrôle de leur volonté. Une mécanique impitoyable sous couvert de douceur, d’amour, et dont il est extrêmement difficile de sortir, tant le contrôle exercé sur la personne est fort. Toute sortie de la secte s’avère quasi impossible, car en amont est générée une sorte de « phobie de la sortie », pour ces personnes abusées qui se retrouvent coupées de leur famille, de leur vie sociale, et dont l’isolement les pousserait à terme et de façon presque inéluctable vers le retour à la secte (et en ce sens les dirigeants de cette dernière trouve là matière à appuyer « leur vérité ») ou vers le suicide.

 

Malgré la gravité du sujet et tout ce qu’il peut générer en termes d’angoisses et d’interrogations, le pasteur Chong nous conduit avec humour et gentillesse dans le décryptage des mouvements sectaires, et répond à chacune des questions que lui posent les membres, parfois déconcertés par le caractère farfelu de certaines doctrines… « Plus le mensonge est gros, plus il a de chance de fonctionner ! » nous répète Jean Claude Chong, et de nous rappeler que notre seule vérité, en tant qu’église chrétienne, se trouve dans la parole de Dieu. « Lisons la Bible, chaque jour, interrogeons-la, en nous gardant toujours de sortir un texte de son contexte pour en faire un prétexte. »

 

Sandrine G.

 

Lors de la deuxième après-midi, Jean Paul Chuong nous a présenté les différentes dérives possibles pour tout mouvement spirituel qui en viendrait à adopter un fonctionnement sectaire.

 

Nous avons pu aborder l’abus spirituel et son fonctionnement : comment un maître spirituel, un gourou, un responsable, voire un pasteur… peut en arriver à manipuler ses membres, et par là, comment n’importe quel individu peut un jour se faire manipuler à son insu.

 

Dans un deuxième temps, nous avons pris un temps de recul par rapport au fonctionnement évangélique. Comme revu ensemble, il est toujours important de distinguer les paroles de Jésus, ou les textes bibliques en général avec l’utilisation pratique qui en est parfois faite dans les milieux évangéliques. Par certaines interprétations, l’église peut aussi adopter, si elle n’y prend pas garde, un fonctionnement replié sur lui-même, se coupant du monde en vivant « juste à côté » et plus pleinement dedans… A ce titre, il a été souligné l’importance de distinguer « confession de foi » (principes immuables, dont la base est biblique) et doctrine (qui en est l’interprétation, la compréhension, l’explication humaine et donc faillible, susceptible d’évolution).

 

Cet enseignement ayant pour but  d’apporter un éclairage sur le fonctionnement sectaire et ses mouvements, a finalement aussi été l’occasion d’une remise en question du fonctionnement des mouvements religieux en général.  Une remise en question intéressante, pertinente… et peut-être aussi dérangeante que fondamentale. 

 

Sarah L.