Christophe DROUIN

né en 1984

français

Ingénieur

« Je commençais à me poser des questions sur ce dieu que j’avais créé » : mon chemin de la logique rationnelle vers le Dieu d’amour.

 

Je suis originaire d’Alsace, et j’habite actuellement Bourges. Il y a deux ans environ que Dieu m’a bousculé. Cette rencontre avec Dieu a bouleversé ma vie et j’aimerais vous raconter comment cela s’est passé.

 

Jusqu’à l’âge de treize ans, je suis allé tous les dimanches à la messe avec mes parents, dans une église de village. Comme beaucoup, j’ai fait ma communion, et je suis allé au catéchisme à cette époque. Le catéchisme et la messe ne m’attiraient pas vraiment, et j’y allais plus par obligation que par envie. Tous les soirs à la maison, nous faisions une prière, mon frère, mes sœurs, mes parents et moi, devant une icône de Jésus crucifié. Une prière très simple et très rapide : dix secondes les soirs où nous étions pressés, trente secondes avec les rabrouements de mon père...

 

Voilà à quoi s’est résumée ma « vie spirituelle » jusqu’à treize ans.

 

Assez tôt, je me suis posé des questions sur l’existence humaine : « Pourquoi est-on sur cette terre ? », ou : « A quoi ça sert de vivre ? » Toutes ces questions m’angoissaient, parce que je ne comprenais pas le but de l’existence humaine. Je me disais : « J’ai neuf ans, et dans quatre-vingts ans je serai mort. A quoi ma vie aura-t-elle servi ? »

 

En même temps que je me posais ces questions, j’aimais lire des livres d’histoire, et j’étais impressionné par le courage de ces hommes qui se battaient jusqu’à la mort pour ce qui leur semblait juste. Je lisais aussi des histoires sur Jésus et ses apôtres. Ce qui me frappait, c’était cette radicalité dans son message, le courage et la confiance qu’avaient les apôtres, leur foi en Jésus. C’était comme si rien ne pouvait leur résister : des serviteurs du bien prêts à mourir pour Jésus, et prêts à se laisser eux-mêmes tuer sans résister.

 

Ce que demandait Jésus me semblait trop radical, trop dur. Quelquefois, je m’imaginais à neuf ans quitter ma famille, et partir sur les routes de France pour être ermite et suivre Jésus ! Ce qui me semblait vraiment absurde ! Mais finalement, je m’étais fixé un but : faire quelque chose de bien de ma vie, me battre pour rendre ce monde meilleur. Je voulais devenir militaire, soldat pour la France, un défenseur de ses idées de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.

 

Après mes treize ans, j’ai continué à aller de temps en temps à la messe, mais sans grand intérêt. J’ai laissé tomber ces histoires sur Jésus et sur la Bible. Mon objectif était de devenir pilote de chasse dans l’armée française, et il fallait que je travaille dur pour y arriver.

 

Jusqu’à mes treize ans, je n’osais pas me poser de questions sur Dieu, car j’avais trop peur de lui - et puis je ne comprenais pas grand-chose au catéchisme et à la messe.

 

Avec le temps, j’ai commencé à remettre en cause son existence : « Est-ce que Dieu existe vraiment ? » « Si Dieu existe, pourquoi le mal ? » « Est-ce que Dieu est une invention de l’homme ? » « Pourquoi un seul Dieu ? » De plus, étant intéressé par l’histoire, il était clair pour moi que si Dieu existait, alors les hommes avaient modifié son image pour leur profit, pour le pouvoir. Ce qui m’horrifiait, c’était la confiance aveugle d’hommes et de femmes envers des personnes qui « savaient des choses sur Dieu », et qui demandaient des choses totalement opposées à Dieu : les croisades, le djihad, les inquisitions, la Saint-Barthélémy, etc.

 

Je refusai finalement d’adhérer à quelque source d’enseignement concernant Dieu que ce soit : la Bible, le Coran, bref, tout. Je voulais définir Dieu par moi-même, et éviter de tomber dans le piège du fanatisme. Je souhaitais utiliser la raison, mes raisonnements, pour comprendre et définir Dieu correctement, pour éviter de faire les mêmes erreurs que les autres.

 

Vers quatorze ans, j’ai remis en cause l’existence de Dieu, pour savoir s’il existait ou non. Je refusais d’accepter l’idée de Dieu pour me donner, par faiblesse, des raisons de vivre. Et en utilisant des arguments rationnels, j’ai conclu qu’il n’y avait pas d’autre logique dans l’existence humaine que la logique elle-même : je me disais qu’on vit parce qu’on vit… il n’y a pas de raison à cela. Et j’en ai déduit que le but de la vie n’était pas la destruction, mais plutôt la construction, et que nous humains, nous étions amenés à construire plutôt qu’à détruire. Au final, j’ai « fabriqué » mon dieu, qui était une sorte de « grand architecte » non personnifié, un concept, une forme de « logique » vers laquelle chaque être humain devait tendre pour faire ce qui était logique dans la vie : construire.

 

Petit à petit, en parallèle de mes études, ces idées sur le but de l’existence humaine, et sur la manière d’accomplir ce but, devinrent de plus en plus présentes dans ma tête - surtout parce que je commençais à échouer dans mes études. Après un redoublement, ma confiance dans ma capacité à être pilote de chasse commença à être entamée. Mais j’espérais quand même entrer dans l’armée, et vivre un « monde idéal », c’est-à-dire vivre au milieu de personnes qui défendaient contre vents et marées des valeurs de vie importantes.

 

En observant le monde en désordre, je me rendais compte que des problèmes globaux (guerres, famines, crises économiques), résultaient toujours de problèmes locaux. C’est-à-dire que la cause de tous les problèmes dans le monde était pour moi le simple fait que l’homme était incapable de dominer ses peurs : sa peur de ne pas manger, de ne pas posséder, sa peur d’être seul…bref, qu’au final, toutes les mauvaises actions de l’homme résultaient du simple fait qu’il était souvent esclave de ses peurs. Deux exemples : le désir de posséder en grande quantité peut provenir de la peur de manquer ; et le désir de posséder l’autre peut provenir de la peur de ne pas être aimé.

 

Cette réflexion, je l’avais à propos de moi-même : je me disais que je devais être libre de tous mes désirs, et ainsi tendre vers la perfection. De cette manière, par mon « rayonnement », je pensais pouvoir aider les autres à être libres de leurs désirs et à tendre vers la perfection. Faire en sorte que le monde tende vers cette « logique ».

 

Concernant les désirs « primaires » - manger, boire, dormir… - je me disais qu’il me fallait me libérer du confort de vie auquel je m’étais habitué en vivant de manière plus dure. Pour les désirs « personnels » - l’estime de soi, le respect des autres - je devais apprendre à modifier mon inconscient, en pratiquant la maîtrise de soi, en faisant des exercices de relaxation, de méditation, de concentration. Au final, je cherchais toujours à m’améliorer ; j’analysais mon comportement pour trouver la source de la « déviance », je m’auscultais dans les moindres détails dans le but d’être meilleur et de rendre autour de moi les choses meilleures.

 

Après un deuxième redoublement en classe préparatoire, mes espoirs d’être pilote de chasse se sont effondrés. De plus, j’avais fait de la réserve dans l’Armée de l’air pendant trois ans, et le milieu n’était pas du tout celui auquel je m’attendais : manque de cohésion, lâcheté, etc. Bref, tous mes objectifs de vie s’étaient effondrés, et je me suis rabattu sur une école d’ingénieurs à Strasbourg.

 

La première année dans l’école s’est plutôt bien passée, mais malheureusement j’ai raté quatre examens importants alors que ma moyenne était bonne. Et j’ai redoublé une troisième fois : je n’étais plus motivé, je n’avais plus d’objectif - et il fallait que j’en aie pour avancer et éviter de continuer à rater mes études. Je me suis dit qu’être ingénieur pouvait être aussi un moyen d’améliorer le monde autour de moi, à travers des machines, des constructions... Ainsi, j’ai décidé de m’orienter vers la robotique médicale - un domaine encore au stade de la recherche.

 

En gardant ma vision de la vie, et ce désir d’être « parfait », j’ai avancé tout en orientant mes études dans le domaine de la robotique médicale. Plus j’avançais et plus j’avais du mal à être discipliné dans mon travail, à être réellement motivé. J’effectuais de plus en plus souvent des exercices de concentration, je cherchais à développer ma mémoire, mon intelligence. Mais plus j’avançais de cette manière et plus je me rendais compte d’une chose : le fait de prendre conscience d’un problème ne résout jamais le problème entièrement, et le fait d’utiliser des méthodes pour résoudre un problème fait toujours prendre conscience du problème. C’était comme un cercle vicieux : plus j’essayais de maîtriser mes désirs et plus j’avais du mal à les maîtriser la fois suivante, car j’avais davantage conscience de ce désir en moi. Le fait même de s’imposer une règle du type « je ne dois pas faire ceci ou cela » contribuait à renforcer ce désir de faire l’inverse.

 

Je commençais à me poser des questions sur le dieu que j’avais créé. En effet, cette « logique » que j’imaginais était pour moi en action, car je pouvais constater sa « présence » par l’observation, en utilisant ma raison. J’étais surpris de voir à quel point certains événements présents, anodins, insignifiants, pouvaient avoir de l’impact sur les événements futurs. Par exemple, les probabilités pour que j’existe sont très faibles, car le regard que mon père et ma mère ont échangé il y a 30 ans est insignifiant en soi… et pourtant, il est lourd de conséquences ! (et heureusement que ma mère a rappelé mon père après que ce dernier ait paumé son numéro !).

 

Donc je reconnaissais la présence d’une action invisible mais déterministe, c’est-à-dire dirigée dans un but. Et je commençais à me poser des questions sur l’idée de « personnification de Dieu » : cette idée était-elle exacte ou non ?

 

Durant cette période, une amie catholique m’avait proposé de faire ma « confirmation » ; il s’agit d’un rite où l’on affirme son engagement chrétien au monde. Je ne comprenais pas trop ce que cela signifiait, mais dans mon for intérieur, je commençais à me dire que le « dieu logique personnifié » et le Dieu des chrétiens avaient peut-être quelque chose en commun.

 

Peu de temps après, j’ai subi une agression, pas violente physiquement, mais qui m’a suffisamment remué pour que je prie le Dieu de mon enfance et que je trouve la force de parler à mon agresseur. Me sachant à la « merci » d’événements de ce genre, j’ai fait la confirmation dans cette optique : me dire à moi-même et dire à ce Dieu que je lui faisais confiance pour qu’il ait une action positive sur ma vie.

 

Mon stage de dernière année d’étude en école d’ingénieur s’est déroulé en Allemagne, dans le département robotique d’un laboratoire de biologie moléculaire. Je crois que je n’ai jamais produit un travail aussi bon, mais mes relations avec mon encadrant se sont beaucoup dégradées au fur et à mesure de ce stage : plus j’essayais d’être bien devant lui, plus je me mettais la pression, et plus je faisais le contraire de ce que je voulais faire.

 

Et surtout, dans ma vie personnelle, tout n’allait pas comme je voulais. Par le passé, j’avais commis quelque chose qui m’avait beaucoup meurtri et continuait de le faire, le genre de chose dont vous n’êtes pas fier et qui vous accuse. Et ce boulet que je traînais depuis 10 ans environ, commençait à sérieusement s’alourdir, au point que je voulais mettre fin à ma vie. Je passais beaucoup de temps à ruminer cette chose terrible durant ce stage, jusqu’à un moment où je sentais que j’allais commettre une bêtise : je passais souvent du temps dans la forêt qui se trouvait à côté du laboratoire, trop de temps ! J’avais besoin d’être libéré, d’avouer ce que j’avais fait à quelqu’un.

 

En mars 2010 je me suis confessé pour la première fois à un prêtre. Je n’avais jamais compris le message de Jésus, ni prié Jésus pendant plus de 15 ans et voilà que je pleurais comme un enfant en implorant son pardon. Après avoir dit au prêtre ce que j’avais fait, je criais : « Jésus, Jésus, pardon ». Je restais distant avec cette expérience, car pour moi, même si ce « boulet » était beaucoup moins lourd, il s’agissait avant tout d’un effet « psychologique », d’une forme de culpabilité qui s’était imposée dans mon enfance et qui s’était réveillée en confessant une mauvaise action.

 

Quelques mois avant la fin de mon stage, je décidai de m’orienter pleinement vers la recherche, en choisissant d’effectuer une thèse dans le domaine de la robotique médicale. Pour cela, j’ai dû passer un entretien à Orléans. C’est par une suite d’événements improbables que j’ai rencontré une personne à Clermont-Ferrand durant mon voyage jusqu’à Orléans. Après mon entretien, et après être rentré en Allemagne, je suis resté en contact avec cette personne. En discutant, je me suis rendu compte que ce n’était pas à moi d’aller vers Dieu : par la force des choses, j’acceptais beaucoup plus l’idée que c’était Dieu qui venait vers nous. En discutant avec elle, je me suis rendu compte que le Dieu de la Bible n’était pas aussi éloigné de ma conception d’un « dieu logique personnifié », mais je refusais d’accepter que ce qui était écrit dans la Bible pouvait constituer la vérité sur Dieu et que Jésus soit Dieu.

 

Pour moi, le Mal personnifié était une invention humaine, une « béquille psychologique » dont l’homme avait besoin pour se déculpabiliser. Et la Bible me semblait pleine de paradoxes : l’origine du monde, les guerres sanglantes menées par les Hébreux au nom de leur Dieu, et les doutes sur l’existence de Jésus et sur sa divinité. D’un point de vue logique, je reconnaissais l’intérêt d’avoir un Dieu qui se mette à la hauteur des hommes, c’est-à-dire en s’incarnant. Mais je refusais l’idée d’avoir un Dieu qui puisse avoir autorité sur moi. Et je n’acceptais pas le fait qu’il puisse s’être sacrifié pour me protéger de je ne sais quoi.

 

J’ai été accepté par l’université d’Orléans pour un travail de thèse de robotique, sur 3 ans, dans un laboratoire à Bourges. Quelques jours après mon installation à Bourges, la personne que j’avais rencontrée à Clermont-Ferrand m’invitait à Loches pour venir à l’inauguration d’une église évangélique. Après mon arrivée à Loches, j’ai discuté avec elle et plusieurs de ses amis. A un moment, je lui ai dit : « Il y a une personne qui aimerait bien connaître Dieu, mais elle a du mal à accepter certaines idées dans la Bible, comme la création qui n’a aucun fondement scientifique ; qu’est-ce que tu lui conseillerais ? ». Cette personne c’était moi bien sûr, mais je ne voulais pas rentrer dans un débat intellectuel compliqué ! En insistant sur ces doutes concernant la Bible, elle me répondit : « Là n’est pas le problème ! Cette personne est malhonnête intellectuellement ! » C’était la première fois que je la voyais s’énerver et cela m’a fait l’effet d’une douche froide. Et je me suis dit : « Je vais peut-être commencer à lire la Bible. »

 

La nuit, j’ai dormi chez un ami de cette personne. Vers 2 ou 3 heures du matin, je me suis réveillé, j’avais le cœur qui battait très vite, et surtout j’avais peur. Une peur froide, visqueuse, qui vous terrifie. Je sentais la présence de quelqu’un prêt à me mordre à la nuque, et j’avais peur de me rendormir. Mon cœur battait de plus en plus vite, et pourtant je n’étais ni en sueur ni fou. J’ai réveillé l’ami et je lui ai demandé s’il pouvait prier pour moi. On a prié et j’ai pu me rendormir. Le lendemain matin, après m’être réveillé, j’étais un peu sonné et j’avais encore du mal à comprendre ce qui s’était passé, mais j’étais suffisamment lucide pour savoir que si le Mal existait, alors je venais de le rencontrer.

 

Nous sommes allés à la messe du dimanche matin, à l’église catholique de Beaulieu-Lès-Loches. Un moment important dans une messe catholique, c’est le prêche du prêtre, qui parle d’un thème de la vie chrétienne. Pendant 20 minutes, le prêtre de l’église a fait un prêche concernant le rapport entre la foi et la raison. Et pendant 20 minutes, ce prêtre a dit des choses qui correspondaient, mot pour mot, à ce que j’avais vécu et ce que je vivais concernant ma volonté de définir Dieu : il aurait pu lire ce que j’ai écrit dans ce document. Mais plus que tout, étant capable de reconnaître objectivement que c’était Dieu qui me parlait, ces mots me touchaient au cœur et m’ont fait pleurer comme un enfant. Car derrière chaque mot, il y avait cet amour du Père, cet amour de Dieu.

 

Cette rencontre a scellé une alliance avec Dieu : j’ai compris que Jésus était mort pour moi sur la croix, pour me protéger de la justice de Dieu, de sa colère. Et il m’a montré la face de Dieu, son Père, l’Amour. Jésus est mort pour moi, il est mon Seigneur, il est mon Dieu et je l’aime. Ce jour a changé ma vie, ma vision du monde, de Dieu, et de moi-même.