A. L.

né en 1950

Guadeloupéenne

Retraitée

Une vie semée d’embûches et d’aventure…Ma vie tient à un souffle, mais Dieu triomphe de tout !

 

Je m’appelle A.L. Je suis née en Guadeloupe, et depuis toute petite, ma vie a été semée d’embûches. Mon premier chagrin fut de ne pas grandir auprès de ma mère, que je n’ai vue qu’une seule fois : le jour de sa mort. Dès ma naissance en effet, j’ai été confiée à l’une de ses amies. Cette femme était catholique, et j’allais donc à la messe le dimanche matin. A l’âge de 9 ans, mon beau père, qui était en fait mon tuteur légal, m’arracha à cette famille, la seule que je connaissais, et abusa de moi pendant plusieurs années. Au bout de cinq années, n’en pouvant plus, je quittai la maison de cet homme, et trouvai refuge chez des Témoins de Jéhovah. C’est auprès de ces personnes que je découvris pour la première fois les Ecritures, sans toutefois être réellement touchée par la parole de Dieu.

 

Ces personnes me renvoyèrent chez mon beau père après quelques années ; comme j’étais orpheline, il était responsable de moi devant la loi jusqu’à ma majorité. Je donnai naissance quelques mois plus tard à une petite fille, que je perdis alors qu’elle n’avait que 4 ans. La disparition de ma fille ainsi que les maltraitances que m’infligeait sans relâche mon beau-père me firent tomber dans un profond désespoir. Je parvins à m’enfuir à nouveau, et résolus de prendre ma vie en main. Je ne savais où aller, mais je ne voulais plus être soumise à l’horreur que me faisait endurer cet homme. Je partis donc, à l’aventure, et menai quelque temps une vie incertaine et jalonnée de difficultés. Pendant des mois, je travaillai dur, dans des bananeraies, je dus dormir dans la rue car je n’avais pas de quoi me loger ni de quoi me nourrir, de quoi survivre tout simplement.

 

A 18 ans, je fis la connaissance d’une communauté adventiste qui se montra bienveillante à mon égard. C’était la première fois que des personnes s’intéressaient réellement à moi. Cette rencontre fut déterminante en ce sens qu’elle me fit comprendre que la vie pouvait avoir un sens et cela même si je n’avais pas été épargnée. Je pris conscience peu à peu, par les discussions, par la lecture de la Bible, que malgré tout ce qui m’était arrivé, malgré les souffrances que je devais endurer depuis ma naissance, je comptais aux yeux de Dieu, et qu’il avait bel et bien un plan pour moi. Je compris aussi que c’est Lui qui m’a faite telle que je suis, qui m’a donné le caractère que j’ai, ce caractère qui a toujours été une force et qui m’a permis depuis toujours de m’en sortir. En y réfléchissant, je compris aussi que Dieu m’avait préservée de maladies que j’aurais pu contracter suite aux maltraitances subies, qu’il avait également empêché que je sois obligée de faire des métiers indignes pour survivre, ou de tomber dans la drogue ou l’alcool. Cela peut paraître difficile à croire, mais je ressentis alors une profonde reconnaissance envers le Seigneur et compris que je devais prendre ma vie en main, et changer : il s’agissait, j’en pris conscience, d’accorder une plus grande confiance au plan du Dieu. Ce n’était pas chose facile, mais je ressentais désormais le profond désir de mieux connaître notre Seigneur.

 

J’appris beaucoup auprès de cette communauté adventiste mais je demeurais attachée à ma culture catholique, celle que j’avais reçue petite chez l’amie de ma mère, et continuai à m’adresser à Dieu comme j’avais appris à le faire, en récitant des prières toutes faites. Je dois bien avouer que je n’avais pas une vraie relation avec Dieu, à cette époque, même si je le souhaitais profondément. Je pense aujourd’hui que Dieu ne m’appelait pas à rester et à servir dans cette communauté.

 

Ayant atteint la majorité, et enfin émancipée de mon beau-père, je partis pour la France. Je trouvai un travail qui me plaisait beaucoup dans un hôpital à Longjumeau, ou je fis aussi la connaissance d’un homme, dont j’étais très amoureuse et avec qui j’ai vécu vingt-sept années.

 

Après treize années de vie commune, mon compagnon perdit son travail et ce fut très dur à surmonter pour lui. Il était brisé, et je faisais tout mon possible pour le soutenir. Après trois longues années de chômage, il retrouva un travail mais le perdit à nouveau au bout de deux ans.

 

Très éprouvé par ces tourments, mon couple se fragilisa. Je ne cessai de prier le Seigneur, et le suppliai de m’éclairer, de me montrer ce qu’il attendait de moi.

 

La réponse me fut apportée le 1er novembre 1994. Elisabeth, une amie chrétienne, me proposa, suite à une conversation, de l’accompagner au culte du dimanche suivant. Ce dimanche-là, plutôt que de répondre à son invitation, je retournai à l’église catholique mais je compris que je n’y étais pas à ma place. Les mots, les prières que je connaissais depuis toujours ne me permettaient pas d’ouvrir mon cœur à Dieu, de m’abandonner à lui. Quelque chose ou quelqu’un me parlait et me disait que ma place n’était pas là. J’allai alors assister la semaine suivante à un culte de l’église évangélique, où je me souviens avoir été saisie par une puissante force. C’est à ce moment précis que je me sentis interpellée par l’Esprit. Je crois qu’à cet instant je compris ce que Dieu attendait de moi, quel pas il voulait que je franchisse. Le Seigneur me demandait de reconnaître qu’en dépit de tous mes malheurs, j’étais pécheresse. Il me demandait de reconnaître mes fautes et d’accepter en même temps la mort de Jésus comme réponse à mes tourments. J’assistais ensuite à des études bibliques, qui m’apprirent énormément de choses, où je pouvais poser librement mes questions. J’avançai vers Dieu, et je sentis qu’il commençait à œuvrer en moi : moi qui étais une personne rancunière, je trouvai peu à peu la force de pardonner à ceux qui m’avaient fait du mal depuis tant d’années. Cela m’a pris du temps, bien sûr, mais je peux dire aujourd’hui que je leur ai pardonné. Le pardon que Jésus a acquis pour moi est concret. J’ai compris le sens de sa mort, pour que je puisse vivre avec le Seigneur ; j’ai compris tout l’amour que ce sacrifice immense représentait et décidé de m’abandonner à Dieu, de lui dire « oui ! Je veux suivre tes commandements ! » . C’est par amour et en obéissant à sa parole que je pris la décision de passer par les eaux du baptême, le 14 avril 1994.

 

Ma conversion est un moment-clé, essentiel de ma vie, et je suis certaine qu’elle n’est pas intervenue à ce moment-là par hasard. Dieu savait que d’autres tourments restaient à venir, mais en me parlant et en m’accueillant dans sa famille, il m’a donné les moyens de m’en sortir.

 

La première épreuve que j’eus à surmonter fut le départ de mon compagnon qui décida de me quitter après vingt-sept ans de vie commune.

 

Puis, en 2006, dans la nuit du 10 au 11 novembre, suite à une agression, je suis tombée dans le coma. Le pronostic médical était plus que réservé, et l’on s’attendait à ma mort d’un moment à l’autre. Les médecins invitèrent les membres de ma famille à se rendre à mon chevet pour des adieux. Je n’ai bien évidement aucun souvenir de ces longs mois de léthargie. Contre toute attente, je sortis du coma en juin 2007, soit huit mois après mon agression. J’ai perdu un tiers de ma capacité respiratoire et je dois vivre aujourd’hui « branchée » en permanence à une bonbonne d’oxygène.

 

Pendant les longs mois d’hospitalisation et de soins, des personnes croyant que je ne survivrais pas m’ont dépouillée de tous mes biens et lorsque je pus enfin retourner chez moi, je n’avais plus rien, si ce n’est une grande quantité de dettes.

 

Le médecin que j’avais interrogé sur mon état, avant de sortir, m’avait dit que je ne devais pas espérer vivre plus de quinze ans, qu’une pneumonie me serait fatale ; il ajouta cependant que ce pronostic était médical, mais qu’il se devait de reconnaître que le fait que je sois sortie du coma, que je réussisse à nouveau à marcher relevait du miracle. « Dieu ne peut qu’avoir un avenir de vie pour vous ! Il ne vous a pas sauvée pour rien.»

 

Je sais aujourd’hui que les paroles de ce médecin n’étaient pas vaines. Le retour à la vie a été très difficile, j’ai dû me battre à nouveau, mais avec des capacités physiques très réduites : j’étais à présent handicapée. Il me fallait apprendre à vivre différemment, et me battre pour récupérer tout ce que l’on m’avait pris. Lorsqu’enfin je parvins à reprendre possession de mon logement, qui avait été illégalement occupé pendant ma convalescence, il était sale et très endommagé. Je fus contrainte de le vendre en l’état.

 

Bien sûr, tout cela paraît terrible, injuste ; ça l’était. Mais Dieu avait un plan pour moi. Je devais trouver d’urgence un nouveau logement, et une amie me donna un bout de journal avec des offres de location. Par une heureuse erreur, un numéro proposant un logement dans le Cher avait été publié dans la section des locations en Ile-de-France : j’appelai ce numéro, me rendis compte de l’erreur mais décidai finalement de prendre cette location à la Chapelle d’Angillon, où je n’avais jamais mis les pieds ! Quelques mois plus tard, je trouvai une autre location plus proche de Bourges et surtout plus proche de l’église Baptiste que je commençai à fréquenter chaque dimanche.

 

Mon arrivée dans le Cher, et ma rencontre avec la communauté baptiste m’a permis de prendre un nouveau chemin de vie. Je suis maintenant ici depuis cinq ans et je ne peux que constater l’œuvre de Christ dans ma vie. D’abord très touchée de l’accueil que me firent mes frères et sœurs de l’église, je me sentis bientôt frustrée de ne pouvoir servir comme je le faisais auparavant dans l’église que je fréquentais en région parisienne. Du fait de mon handicap, je ne pouvais plus m’occuper des enfants, je ne pouvais plus prendre une part aussi active à la vie de l’église. C’est du moins ce que je pensais. Peu à peu, la solitude devint pour moi comme une maladie supplémentaire et me rongea de l’intérieur. J’étais amère, déçue, sans doute en colère. Il n’est pas facile d’accepter d’être dépendante des autres, de vivre en permanence reliée à une machine, espèce d’appendice horrible et pourtant indispensable pour que je vive. L’isolement me pesait terriblement.

 

Il y a un an, je ne saurais expliquer comment, Dieu m’a guérie ! Un jour je me suis rendu compte que je ne souffrais plus de solitude, que les journées passaient sans que je m’en rende compte et que j’étais toujours occupée. Je crois que sans en prendre tout de suite conscience, j’ai appris ce que c’était que de vivre dans la dépendance de Dieu. Concrètement, je suis dépendante de lui : ma vie ne tient qu’à un souffle. Dieu a comblé ma solitude, lui seul pouvait faire cela. Depuis un an, je vis une vraie relation avec mon créateur et il me restaure : certes, mes cicatrices sont là, je les vois, celles qui sont visibles à l’œil nu, et celles qui sont plus sournoises, qui sont gravées dans ma mémoire. Elles sont là, bien là, mais elles ne me font plus mal.

 

Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu, pour tout ce qu’il a fait pour moi, pour sa protection, pour son enseignement, pour l’église dans laquelle il m’a appelée à servir. Il m’a montré le chemin, le plan qu’il avait pour moi et je veux le suivre avec joie. Il a éclairé mon esprit et m’a permis de comprendre certains aspects de sa parole. Je vois aussi qu’il œuvre de façon puissante dans cette église de Bourges. Il m’a donné les capacités pour assurer un service nouveau pour moi, celui de l’aide aux personnes, de l’écoute. J’ai à cœur de soutenir mes frères et sœurs qui passent par des moments difficiles et je me rends bien compte que si autrefois je servais Dieu, je le faisais pour des raisons différentes, juste parce qu’il le fallait, peut être sans vraiment y réfléchir. Maintenant, je sers mes frères et sœurs par amour, et en retour de la grâce et de l’amour que m’a accordé Dieu, mon Père.